Anatomie d’un liseur

anatomie d'un liseur

.1. La concentration

Lire réclame une présence sans faille au texte parcouru.
Franchir chaque phrase en gardant vivace la perception de la phrase précédente tout en se projetant vers la phrase suivante, évite une chute à la première virgule.
Un instant de distraction et le liseur dérouté au milieu du gué perd la cohérence de la pensée. Seule sa conscience en éveil garantit la ligne de sens du texte.

.2. L’oeil

Utile au déchiffrage du texte mais insuffisant à sa compréhension.

.3. Les zygomatiques

Le liseur ne prend pas l’écriture avec des pincettes de petites marquises.
Il taille le verbe, entre en lutte avec la langue, mord les syllabes.
Le texte est une matière concrète, dont il révèle la chair.

.4. le cœur

Système émotionnel central.
Le liseur s’il est traversé d’émotions doit veiller à ne pas sombrer dans la sentimentalité.
Tout penchant au pathos brouille le sens.

.5. Le souffle

Il faut tenir parole sans s’essouffler. Quel est le plus sûr moyen de ne pas succomber à un point de côté, de ne pas s’éreinter dans les escarpements du texte, si ce n’est de respirer. Inspirations-expirations profondes et longues permettent avec souplesse de dérouler la ligne continue de la pensée.
Respirer les mots et les silences qui leur font écho.

.6. Les tripes

A ne pas déballer dans l’exercice de la lecture.

© Copyright la liseuse - Propulsé par Caroline Girard - Images par Marion Dussaussois .